L’Aventure de Mme Muir – Mankiewicz

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L’Aventure de Mme Muir est un film de maison hantée unique en son genre, car c’est tout sauf un film d’horreur ou d’épouvante.

Résumé du Film

Le film prend pour décor l’Angleterre du début du XXème siècle et raconte l’histoire de Lucy Muir (Gene Tierney), une jeune femme ravissante qui a perdu son mari quatre ans plus tôt et qui décide de quitter avec sa fille la demeure familiale sous le contrôle de sa belle-mère depuis le décès de son époux, afin de s’émanciper et de vivre sa vie. La scène d’exposition pose tous les éléments principaux du récit avec efficacité, les cours plans alternés montrant tour à tour Mme Muir face aux deux représentantes de sa belle-famille pour leur annoncer son départ.. Désormais elle cherche une maison à acheter pour y vivre tranquillement avec son enfant. Elle se rend auprès d’un agent immobilier qui lui fait ses offres mais semble en garder une sous le coude qu’il refuse de soumettre à sa cliente, laquelle s’y intéresse avec d’autant plus de curiosité. Bien que terrorisé à l’idée de se rendre dans ce mystérieux cottage à bord de falaise, l’agent accepte finalement de le faire visiter à la jeune femme. S’ensuit une rapide visite des lieux (qui plaisent énormément à Madame Muir), quand soudainement un rire rauque venu de nulle part s’exclame dans la demeure et fait fuir les deux visiteurs en toute hâte. Car la maison est hantée par le spectre du capitaine Gregg (Rex Harrison), qui est mort dans son enceinte en d’étrange circonstance. Elle décide tout de même  d’emménager et dès le premier soir, elle surprend l’apparition fantomatique de l’ancien propriétaire. Le Capitaine, conquis par Mme Muir décide alors de la laisser rester et s’engage à n’apparaître qu’à elle. Une certaine complicité voit le jours entre les deux protagonistes.. si bien que lorsque Mme Muir doit faire face à des problèmes financiers, il lui propose de lui dicter le récit de sa vie et de le publier afin de renflouer la bourse de celle ci. Cet ouvrage s’avère être un succès total et grâce/à cause de celui ci la jeune femme rencontre un homme (George Sanders) qui la séduit. Une relation s’engage entre eux et le Capitaine, jaloux mais compréhensif lui annonce dans son sommeil qu’il ne reviendra plus et que tout cela n’était qu’un rêve. Malheureusement cet amours se trouve être empoisonnée par la soif de pouvoir et la perfidités de l’homme et le couple est brisé. La vie reprend son cours et nous assistons ellipse après ellipse à la vieillesse de Lucy Muir.. Ce n’est finalement qu’aux moment de son décès que ces deux êtres, qui se sont autant trouvés que ratés, se retrouvent dans la mort.

A l’image des précédents films visionnée, L’Aventure de Mme Muir nous pousse encore une fois à nous poser des question similaire.. Qu’est ce qui est réel ? Comment interpréter les faux semblants ?

Car si Real nous donnait toutes les cartes pour décrypter et deviner le réel, L’Aventure de Mme Muir ne s’impose pas de frontière et refuse de trancher entre rêve et réalité. Le Capitaine Greg est t’il le fruit de l’inconscient de Lucy Muir et lui permettrait t’il donc de s’émanciper de cette réalité qu’elle fuit ?Je suis réel. Je suis ici parce que vous croyez en moi”  avoue celui ci à Mme Muir.. Pourtant certain éléments semble indiqué le contraire, par exemple le fait qu’il ne soit représenté que par son portrait (peinture), sa projection physique (à aucun moment il ne touche d’objet) ou sa voix omnipotente. Autant de choix artistiques qui rendent sa présence plus réaliste et pesante. A l’inverse ses apparitions systématique via des hors champs maintiennent le doutes.. Dans cette logique je pense que leurs relations le rend plus humain, s’ajoute à cela la réaction du capitaine lors ce qu’il découvre que Lucy entretient une relation avec Miles Fairley, réaction marquant la fin de sa relation personnel avec la protagoniste. Il murmure donc à l’oreille de Lucy Muir endormi son intention de la quitter et lui annonce qu’il ne reviendra jamais. Et lorsqu’elle ouvre les yeux, nous sommes en droit de nous demander si elle émerge du monde du rêve ou du même monde dans lequel elle s’était endormi (cf la première apparition lors de la sieste dans le divan). A l’issue de son départ la narration ne s’attarde plus sur les relations de Mme Muir mais entreprend de représenté le temps qui passe à l’aide de plusieurs plans de vie familial entrecoupés de plans de vagues (le temps immuable, imperturbable, implacable) et des images d’un morceaux de bois planté dans le sable sur lequel est inscrit le nom de sa fille (symboliquement la survie du souvenir, les première prémices de la vie après la mort). Ce simple morceau de bois face à l’immensité de l’océan, rongé au fur et à mesure des ellipses, de plus en plus détérioré mais toujours lisible jusqu’à la mort du protagoniste.. La découverte de son corps inerte par la bonne nous est suggéré et l’ont admire le Capitaine Greg et Lucy Muir quitter ce monde main dans la main (la frontière physique est abolli), au même endroit et dans la même direction que la fameuse longue vue présenté tout au long du film. Je l’interprète de la manière suivante, voir au delà des frontière, vivre depuis l’instant présent pour mieux les apprécié le futur. Car finalement les évènements relatés au cours du long métrage ne s’étendent que sur une courte période de la vie de Mme Muir. Et finalement sa fille semble avoir marché dans ses pas et avoir emprunté les mêmes choix de vie (elle souhaite épousée un homme plus vieux qu’elle), la boucle est bouclé. Au delà du réel, l’amour transcende le temps et l’espace.

Que dire de plus.. Ce film est indéniablement un chef d’oeuvre, et techniquement il n’y à rien à redire, les acteurs sont sublimes et la bande son de Bernard Herrmann (Vertigo) porte le film d’un bout à l’autre, et se charge d’exprimer une émotion que les personnages essaye plutôt de masquer. Loin d’être naif, le film peut s’avérer cruel, empli de tendresse, de cynisme et bien surs de romantisme. Un pur moment de bonheur.

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Showing 2 comments
  • Erwan

    Ajout de Disqus !

  • Fanfan

    Très bien merci

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